Le Prix des Deux Magots
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Tous les lauréats :





2006
«Une adolescence en Gueldre »,
Jean-Claude Pirotte









1999
«La Chambre des officiers »,
Marc Dugain


1998
«Alexandrie »,
Daniel Rondeau


1997
«Nous serons comme des Dieux »,
Eve de Castro


1996
«Barbe à Papa »,
Eric Neuhoff


1995
«Monsieur Henry »,
Pierre Charras


1994
«Annam »,
Christophe Bataille


1993
«Le Très-Bas »,
Christian Bobin


1992
«Au Péril de la mer »,
Bruno Racine


1991
«Sade vivant »,
Jean-Jacques Pauvert


1990
«Roger Nimier »,
Olivier Frébourg


1989
«L’Impromptu de Madrid »,
Marc Lambron


1988
«La Mille et unième rue »,
Henri Anger


1987
«La Bataille de Wagram »,
Gilles Lapouges


1986
«Eugénie les larmes aux yeux »,
Eric Deschodt


1985
«Mémoires minuscules »,
Arthur Silent


1984
«Patchwork »,
Jean Vautrin


1983
«La dernière mise à mort »,
Michel Haas


1982
«Macaire le Copte »,
François Weyergans


1981
«Sol invinctus »,
Raymond Abellio


1980
«L'Appel des vivants »,
Roger Garaudy


1979
«Le Bal des débutantes »,
Catherine Rihoit


1978
«L'Eté meurtrier »,
Sébastien Japrisot


1977
«Génie la folle »,
Agnès Cagnaty


1976
«Mille pattes sans tête »,
François Coupry


1975
«Le Bateau du courrier »,
Geneviève Dormann


1974
«Les Chasseurs deux »,
André Hardellet


1973
«Le Vent de la nuit »,
Michel del Castillo


1972
«Shit, Man »,
Alain Chedanne


1971
«Un siècle débordé »,
Bernard Frank


1970
«Joko fête son anniversaire »,
Roland Topor


1969
«A Pleur-Joie »,
Elvire de Brissac


1968
«Le Soldat oublié »,
Guy Sager


1967
«L'Air de Venise »,
Solange Fasquelle


1966
«Une Pyramide sur la mer »,
Michel Bataille


1965
«Les Pierres sauvages »,
Fernand Pouillon


1964
«La Rose de Büyükada »,
Clément Lépidis


1963
«L'Enfant et le harnais »,
Jean Gilbert


1962
«Le Notaire des noirs »,
Loys Masson


1961
«Saint-Picoussin »,
Bernard Jourdan


1960
«Aide-mémoire pour Cécile »,
Bernard Landry


1959
«La Fête espagnole »,
Henri-François Rey


1958
«Le Premier spectateur »,
Michel Cournot


1957
«Grain de beauté »,
Willy de Spens


1956
«Amère victoire »,
René Hardy


1955
«Histoire d'O »,
Pauline Réage


1954
«S »,
Claude Cariguel


1953
«Touchez pas au grisbi »,
Albert Simonin


1952
«Le Poil de la bête »,
René-Jean Clot


1951
«Le Pélican dans le désert »,
Jean Masarès


1950
«L'Europe buissonnière »,
Antoine Blondin


1949
«Autour de chérubine »,
Christian Coffinet


1948
«Au Pays du Bon Dieu »,
Yves Malartic


1947
«L'Amour aux deux visages »,
Paule Malardot


1946
«Le Regret de Paris »,
Jean Loubes


1944
«L'Esprit de famille »,
Jean Milo


1942
«Les Corps ont soif »,
Olivier Séchan


1941
«Nos mitrailleuses n'ont pas tiré »,
J.M. Aimot


1938
«Léonie la bienheureuse »,
Pierre Jean Launay


1937
«Plaisir d'amour »,
Georges Pillement


1936
«Etrange famille »,
Michel Matveev


1935
«Charbon de mer »,
Jacques Baron


1934
«Monsieur Jean ou l'Amour absolu »,
Georges Ribemont-Dessaignes


1933
«Le Chiendent »,
Raymond Queneau




2006 - « Une adolescence en Gueldre », Jean-Claude Pirotte

J'ai cru reconnaître la jeune fille rêveuse aux belles épaules qui est entrée dans la taverne ce soir-là. Elle s'est assise à la table du coin, où je pouvais l'observer, et, lorsque le cabaretier s'est approché d'elle avec le falot, j'ai surpris dans son regard comme un éclat de larmes. Elle a penché le visage vers la lumière, et les traits étonnamment purs et doux de la Madeleine du Maître des Demi-Figures sont apparus dans un halo tremblant. Elle avait maintenant les yeux baissés du portrait, et ses longues paupières à la transparence bleutée. Le menton mince dessinait une ombre sous l'ovale de la joue, et la bouche petite à la lèvre inférieure légèrement gonflée se retroussait un peu dans une esquisse de sourire secret. Il y avait jusqu'à la raie médiane de la chevelure, et la boucle folle en forme d'anglaise, et l'élégance du chignon tressé qui dégageait la nuque et la courbe du col, et les épaules si pleines et si vivantes, il y avait tout cela qui faisait de la jeune fille, non la parente du modèle, mais le modèle même, absolument présent, merveilleusement inaccessible et miraculeusement offert. Jean-Claude Pirotte se définit modestement comme " un peintre du dimanche et un écrivain du samedi ". Or, il a publié une trentaine d'ouvrages dont plusieurs ont été couronnés par des prix littéraires : prix Coppée, prix Larbaud, prix Vialatte, prix Duras. Ce " roman d'apprentissage " est sûrement le plus achevé d'une œuvre qui honore grandement la littérature.